jeudi 12 mars 2009

[Livres] Todd Strasser - La Vague

A la fin des années 60, aux États-Unis, une expérience avait été menée par un professeur d'histoire, Ron Jones, dans un lycée de Californie. Ayant en charge des terminales et alors qu'ils étudient la seconde guerre mondiale et les atrocités commises par les nazis, il se rend compte que sa classe ne comprend pas comment les allemands ont pu en arriver là et suivre un chef comme Hitler sans se poser de questions.
Ces interrogations vont déboucher sur une expérience inédite, La Vague, menée par Ron Jones afin de faire comprendre à ses élèves ce qu'était de vivre en Allemagne dans les années 30 sous le nazisme. Ordre et discipline en sont les maîtres mots, les slogans «La force par la discipline, la force par la communauté» les moteurs, le geste mimant une vague le point de ralliement. Rapidement, les élèves adhèrent à l'idée. Malheureusement, un peu trop ...

Le pitch est très intéressant et promettait beaucoup. Et au final, j'ai été assez déçu. Le livre n'est pas spécialement bien écrit, très narratif, sans aucune prise de risque stylistique. 'La Vague' est un livre très court qui se lit en une bonne 1h30. Et c'est un vrai obstacle car rien n'est fouillé, tout ne reste qu'en surface. Aucune réflexion n'est proposée au final. Jamais de remise en cause. C'est à peine si l'on voit l'évolution des protagonistes, qui reste d'ailleurs extrêmement caricaturale. Tout va très vite, trop vite. Au final, tout est un peu gentillet, tout n'est finalement pas si grave. On a même souvent l'impression de lire un manuel d'histoire qui débiterait de façon assez monotone l'histoire contemporaine.

Alors oui, on me rétorquera, à juste titre, que l'histoire s'est sûrement et effectivement déroulée de cette façon et que Todd Strasser a voulu la respecter au plus près. On ajoutera également que 'La Vague' n'est qu'une adaptation romancée d'un téléfilm consacré à l'expérience. Certes.

Il n'empêche, je continue de penser qu'il y avait matière à pousser une réflexion plus loin, à faire s'interroger les personnages sur leurs attitudes, à développer de plus grandes théories. 'La Vague' est donc une grande déception où plane un fort sentiment de gâchis.

Titre original: The Wave
Origine: États-Unis
Année: 1981

jeudi 12 février 2009

[BD] Ruppert & Mulot - Gogo Club

Quand on parle de Mulot, on parle automatiquement de Ruppert. Non, c'est l'inverse. Arf. Jérôme Mulot, Florent Ruppert, ne font qu'un, en fait. Ils dessinent ensemble, écrivent ensemble, peut-être même qu'ils se droguent ensemble, couchent ensemble, allez savoir. Ah oui, et ils bavardent ensemble, surtout, dans leurs histoires. Je ne crierai pas à l'OVNI, ou OBNI (Objet Bédéesque Non Identifié). Juste à l'OBVIH (rien à voir avec le Sida, hé) : Objet Bédéesque (je revendique la paternité de cet adjectif) Vraiment Iconoclaste et Hilarant. Surtout, ce que fascine chez ces deux là, c'est leur façon de créer un mouvement dans leur dessin. Les images bougent, millimétrées dans leur enchaînement, calibrées pour mieux danser.
Les deux compères, qui se sont rencontrés sur les bancs de l'ENSA de Dijon, prennent un malin plaisir à déformer l'objet bande-dessinée pour proposer dans leurs différentes œuvres parues une nouvelle façon de construire la narration. Enfin, si déformation il y a, c'est surtout dans leur façon de découper le récit. Gourmands de la mise en scène graphique, ils utilisent notamment les bulles en arborescence, pour créer un dialogue dans une seule case. Des dialogues savoureux, irrévérencieux, au service d'un récit qui recelle bien de plus de noirceur qu'il n'y parait, caché derrière une fausse légèreté. Le dessin semble simple, abstrait, mais demande une technique et une précision impeccable, implacable j'ai envie de dire. Les albums de Ruppert et Mulot, c'est du découpage de film d'animation, ni plus ni moins.
Dans ce Gogo Club, après une préface de Jean Claude Menu (un des créateurs de l'Association) qui donne le ton (rencontre entre l'éditeur et les deux auteurs), se déroule un "casting" absolument hilarant dans le but d'y trouver les acteurs d'un terrible drame qui se tramera dans la deuxième partie! L'histoire en elle même, justement, est un véritable mélange de film muet, avec dialogues en aparté, et de mise en scène théâtrale.

Quand on commence l'album, on ne sait pas vraiment où on va, quand on l'a refermé, on ne sait pas vraiment où on est arrivé. Pour ma part, j'ai surtout beaucoup ri, souri, et je me suis forcément laissé emporté par le mouvement.

D'ailleurs, il faut jeter un œil plus qu'attentif sur leur splendide site (www.succursale.org), qui propose une suite logique de leur travail sur album. On y retrouvera le vestiaire des "acteurs" de Gogo Club, ainsi (entre autres) qu'un jouissif championnat de bras de fer avec une belle bande de joyeux drilles dessinateurs (Boulet, Peeters, Trondheim, etc) et de bien belles animations.


'Gogo Club'
Scénario et dessin: Jérome Mulot et Florent Ruppert
Editeur : L'Association - 6€
Parution : février 2007

lundi 9 février 2009

[BD] Tardi / Verney - Putain de guerre

Tardi revient avec l'un de ses sujets de prédilection : la Grande Boucherie de 14-18. Lui qui a eu un père-grand gazé dans les dépotoirs des tranchées se sent quelque peu concerné par cette période assez douloureuse de l'histoire où les généraux à moustaches envoyaient au carnage des pauvres types se faire déchiqueter l'os pour apprendre à ces casques à pointe prussiens qui c'était qu'avait la plus grosse (hé, nous évidemment - arrêtons nous un instant pour écouter la Marseillaise - hmm qu'elle est douce).
Tardi, qui a toujours eu un engagement fort dans ses oeuvres (C'était la guerre des tranchées, Le Cri du peuple, etc.), se replonge donc avec son historien de scénariste dans la mouise de la guerre. On a souvent vu Tardi en noir et blanc, cette fois il utilise la couleur. Ce qui, ajouté à la ligne claire de son dessin, pourrait faire croire à un quelconque espoir, mais en fait, ben euh, non. Non, tout n'est que noirceur, sang qui coule et désespoir qui nous saute à la tronche, en même temps que les bouts de cervelles éparpillés des soldats-barbaques.
Putain de guerre retrace l'Histoire sous l'oeil hagard d'un de ces soldats qui par miracle (et pour le besoin du scénar) survit aux années 14-15-16 (en attendant la suite qui devrait sortir bientôt). Avec lui, on assiste aux drôleries de la guerre, ses fleurs qui poussent et ses papillons qui volètent sous un soleil radieux...

Encore une fois c'est une réussite dans cet album où tout est montré de façon très explicite avec une évidente simplicité. Pas de chichis, d'effets de style, de surnaturel, d'onirisme. C'est brut de décoffrage, Tardi, brut et sombre, glauque, poisseux. Putain de guerre quoi.


'Putain de guerre!'
Dessins : Jacques Tardi
Textes : Jean-Pierre Verney
Editeur : Casterman - 16€
Parution : 7 novembre 2008


vendredi 6 février 2009

[BD] Frank Miller - Valeurs Familiales

S'il y a bien une série à posséder dans sa collection, c'est celle de maître Miller, Sin City. Il existe pour le moment 7 tomes, et Valeurs familiales est le 5è, mettant en scène la délicieuse mais quand même complètement barge Miho, tueuse japonaise à roller, tendance ninja sadique. Un personnage qu'on a pu voir dans le film de Robert Rodriguez, d'ailleurs. Peut être pas le meilleur album de la série, mais suffisamment bon pour ne pas faire tâche à côté des premiers opus.

Le film a permis à beaucoup de connaître l'univers Sin City, déjà incontournable chez les amateurs de comics. américains. L'intrigue se déroule donc dans l'univers sombrissime des bas fonds de cette ville de vices et de pêchés, où la loi du plus barbare est la meilleure. Le scénario fuse comme une balle de 32 mm et vous traverse le crâne avec une joyeuse explosion de rebondissements et de noirceur jouissive.
Mais au delà du scénario, ce sont les personnages dépeints avec une force hallucinante qui font vivre l'histoire : les mecs sont plus souvent ex-taulard brutal et magnifique, flic ultra-viril au grand coeur, méchants très très méchants, ou tueurs à gages plein de sang froid; les femmes des putes avec un Uzi caché dans le string ou fausses fragiles découpeuses de mecs trop relou. Quant au dessin, je ne me lasse pas de lancer une onomatopée admirative : Waouh! J'ai pas mieux comme jugement. Les graphismes en noir et blanc (avec une pointe de rouge, parce qu'il y a du sang... parfois) de Miller sont proprement somptueux et rajoutent au côté obscur de l'intrigue.
J'ai pris une méga claque visuelle le jour où j'ai posé les yeux pour la première fois sur les planches coup de poing de Sin City. Je ne m'en lasse pas.

Chaque album de la série est une pure merveille et donne envie de se plonger irrémédiablement dans le reste de l'œuvre de Frank Miller (Dark Knight, me voilà!). Ces Valeurs Familiales ne dérogent pas à la règle.


'Sin City t.5 Valeurs familiales' (Family Values)
Scénario et dessins : Frank Miller
Editeur : Rackham - 15€
Parution : 2001


mercredi 28 janvier 2009

[Livres] Hubert Selby Jr - Le Démon (1976)

Harry White est jeune. Harry White est brillant. Harry White aime ses parents et sa grand-mère comme eux l’aiment. Harry White est un tombeur. Un baiseur né qui fornique uniquement de la femme mariée. Ça évite les emmerdes.
Le hic dans tout cela, c’est que cette passion pour les femmes devient vite un besoin et cache un véritable démon qu’il faut rassasier plus que de raisons. Si bien qu’Harry White doit faire un choix : ses tentations ou sa vie, ses pulsions ou son travail, pour lequel il est loué et prédit à un très grand avenir. Sauf que ses entrailles se déchirent de jour en jour. Et qu’Harry doit trouver une solution…

Ce roman d’Hubert Selby Jr est angoissant au possible. Véritablement. Il existe dans la prose de l’américain un désespoir mêlée à une haine qui transpire de chaque scène où Harry se retrouve confronté à ses démons. La descente aux enfers d’Harry White est atroce, souvent insoutenable. On a envie de foutre des claques à ce jeune homme, bien sous tous rapports, et le supplier de se reprendre et d’arrêter d’agir comme un idiot. Tout vient beaucoup du style de Selby : de longues phrases – parfois interminables – mélangeant narration et pensées du personnage, des descriptions coups de poings qui décrivent à merveille tout ce qu’Harry White doit endurer.

‘Le Démon’ est un roman hallucinant de noirceur. L’histoire terrifiante de la chute d’un homme, bouffé par son mal-être, qui avait pourtant tout pour être heureux.

Titre original: The Demon
Origine: États-Unis
Année: 1976


mardi 6 janvier 2009

[Livres] Gabriel Garcia Marquez - Cent Ans de Solitude (1982)

L'histoire et la vie d'une famille, à Macondo, village fondé par Ursula et José-Arcadio Buendia, entre avancées technologiques, petites victoires, grandes défaites, découverte du monde extérieur, naissance, vie, mort. Tout y passe. Un livre qui navigue entre conte et réalité.

Et une des grandes aventures littéraires de ma vie, à l'histoire assez cocasse. J'avais lu les deux-tiers de ce bouquin il y a quelques années. Et déjà, à l'époque, j'avais beaucoup aimé. Mais j'avais du le lâcher deux semaines pour cause de partiels. Quand je l'avais repris, je ne savais plus où j'en étais, vu que les personnages ont le bon gout de tous s'appeler José-Arcadio ou Auréliano ou Remedios. Bref, un joyeux mic-mac dans lequel il m'était difficile de m'y retrouver.

Je l'ai repris y a quelques semaines (en m'armant d'un stylo pour créer petit à petit l'arbre généalogique). Et j'ai fondu à nouveau. Quel roman! Quelle écriture! Quelle virtuosité! Cette façon de décrire les ambiances, les actes, avec une poésie dingue, ce foisonnement qui ressort de chaque ligne, de chaque paragraphe, de chaque aventure. Et ce souci du détail. Ce livre est grand. Tu m'étonnes qu'il ait eu son prix nobel...


Titre original: Cien Años de Soledad
Origine: Colombie
Année: 1967